Course-croisière des ports vendéens
Compagnons cétacés
Ils disaient "Ca peut cogner, attention !" alors on a soigneusement calculé la météo, avec une fenêtre ouverte tout de suite après notre calibrage du pilote. Et on est parti, pour rejoindre le port espagnol qui se trouvera sur notre route, selon la bonne volonté d'Eole et en fonction de la disponibilité des instruments de navigation utiles. A bord pour l'instant, le vieux traceur Garmin propose encore les fonds de tout le Golfe, mais je voulais aussi avoir un complément papier, pour me sentir en sécurité et parer aux éventuelles défaillances de l'électronique. Alors j'ai tablé sur la plus sud des routières du bord, "De la Gironde à cabo Penas", ce qui excluait d'aller vers la Corogne. Au début de la traversée, je visais donc Santander, et puis au fur et à mesure que le vent tournait on s'est rapproché de la frontière française. Que retenir de quatre jours et trois nuits sans toucher terre, une première pour moi, en solitaire ou autrement...? L'assurance qui se construit progressivement le premier jour avec les manoeuvres de pont comme dans les livres (on est parti au foc léger et on a terminé la journée avec deux tours de génois et un ris dans la grand-voile), et les rencontres de fortune, régate des ports vendéens ou troupeau de dauphins. On avait soigneusement calculé la fenêtre pour que la nuit soit la plus courte possible et apprendre à gérer le sommeil. Pilote enclenché ou non, la barre fait très bien le travail toute seule. On a soigneusement évité Rochebonne, bien éclairé de très loin.
En route, mer calme
Le deuxième jour commence en traversant une barre orageuse et son feu d'artifice pendant plusieurs heures, mais un superbe lever de soleil en récompense, avec libération du foc en début de matinée, quand le ciel se dégage. Les premières difficultés sont surmontées. Quand le réchaud refuse de s'allumer par exemple, il semble que le fuel en appro ne soit pas compatible, il faudra manger froid. L'hydrogénérateur, lourd et encombrant, n'a pas été une mince affaire à installer, mais il fonctionne correctement, avec compensation de la consommation énergétique du pilote. De nuit, avec l'allumage des feux de route, cela reste pourtant insuffisant par vitesse moyenne (4 à 5 noeuds). On a renvoyé toute la voilure pour compenser la disparition du vent, ça avance très peu. Et on a passera la nuit à éviter les pêcheurs qui chalutent en patrouille et en pélagique en remontant la vallée du cap Ferret. On a bien cru se faire prendre dans leurs nasses.
Jeu de voiles d'arrière
Voilure de petit temps
Jeu de winches
Avec le deuxième lever de soleil les vrais problèmes commencent. Le moteur ne démarre pas quand on veut pousser le bateau pour éviter un groupe de pêcheurs. On tape sur le démarreur au marteau, et, miracle, ça redémarre, merci Emilie et son relevé pense-bête ! Mais en milieu de journée, le problème se présente à nouveau, et là, pas de réponse à nos tapotis inquiets. Il va falloir continuer sans moteur ! C'est le moment que choisit l'hydrogénérateur pour cesser de fonctionner, mais on réussit à le réenclencher, la production énergétique reprend. On longe la côte espagnole à une trentaine de mille par vent de travers.
Coucher de soleil
Le temps se gâte Au matin du quatrième jour, le vent forcit avec l'arrivée d'une dépression. C'est alors qu'une alarme stridente se produit dans le bloc moteur, à chaque fois que la gîte et le roulis se font plus sensibles. Pourtant le moteur ne tourne plus depuis longtemps. On s'occupe de rentrer l'hydrogénérateur qui traîne derrière après une défaillance de son système de sécurité, et la sirène s'arrête ! Il faudra donc continuer uniquement au vent, et au minimum de consommation électrique, c'est-à-dire sans pilote. C'est là qu'on choisit la route la plus directe, la plus facile pour l'approche de la côte espagnole. On appelle à la VHF pour se faire aider à l'atterrissage à San Sebastian, puisqu'on n'a pas de moteur. Pas de réponse. On réduit la voilure au minimum, foc enroulé presqu'entièrement et artimon uniquement, ça continue à avancer très vite pour rentrer dans la baie au portant, sans moteur. On mouille en plein milieu de la baie sur les indications d'un bateau du club nautique. Après un rapide rangement du bateau, dodo, la capitaine est fatiquée. Une demi-heure plus tard, le bateau chasse sur le fond en sable et se dirige vers la plage, c'est la vedette du club nautique qui nous en avertit et nous remorque dans le vieux port ! Bienvenue en Espagne :) C'est un post de Timour à l'occasion d'un de ses récents voyages qui m'a fait pencher pour cette destination, merci mon fils !