Lune du soir
Mer agitée
Murmure de vaguelettes en voile sombre sur la mer calme ? Météo ébouriffante et imprévisible ? Le reste de lunaison, le soleil impertubable et ponctué de redoutables brises thermiques, nous ont accompagnés dans ce retour d'Espagne jusqu'à notre port naturel, l'Herbaudière. Péripéties d'un moteur imprédictible, mais on a par deux fois utilisé avec succès le shunt du relais fabriqué à notre intention par le petit mécano basque. Changements de voilure et de cap au gré des vents, réduits souvent à pétole entre deux grands frais originaires de l'endroit où, justement, on voulait aller. Trois fois j'ai pensé faire escale, mais Bayonne, Royan, Yeu ont été successivement effacés de notre route quand le vent tournait trois heures avant d'y arriver, et nous réouvrait celle de notre but. Quatre nuits en mer, donc. Une arrivée un soir de grande marée, alors que la lune avait disparu du ciel. Nous avons pourtant traversé plusieurs fois la vague d'étrave qui témoigne de sa présence horlogère, et de sa puissance à organiser nos minuscules existences, à renverser deux fois par jour la masse de l'océan circulant sous nos coques au-dessus du plateau continental.
Pigeon en atterissage d'urgence
Escadrille de ramiers en escale hauturière
Probablement que mon parcours de capitaine solo n'est pas validé, pourtant, parce qu'un matin, poussé par la brise de terre qui forciçait, j'ai vu un clandestin couvert de bagues tenter un atterrissage sur les barres de flèches, puis sur le radar, avant d'échouer dans le cockpit. Il s'est goulument abreuvé de l'eau rouge de mes réservoirs - et que je retrouve au robinet de mon domicile, d'ailleurs. Un quart d'heure plus tard il était suivi d'une escadrille complète, mais tous se sont relancés dans la brise lors d'une nouvelle palanquée de manoeuvres.

Et chaque fois que je montais harnachée sur le pont, je clamais vers les vagues de l'infini : "Je t'ai dit que je m'accrochais, alors je le fais !"