samedi 31 juillet 2021

Ariane s'envoie en l'air

On a failli attendre, mais on l'a eu, notre show intersidéral de facture locale ;)
Ariane V pointe au ciel de la Guyane... juil. 2021
J'étais prête, sur la jetée, mon téléphone en main, pour saisir l'instant. J'aurais aussi bien dû me munir d'un chronomètre, car quelques secondes seulement après dix-huit heures, sans bruit, le panache a surgi derrière la forêt pour traverser le ciel vers l'Est en un instant et s'éteindre sous mes yeux, perdu dans l'immensité. J'ai compté jusqu'à 160 pour enfin entendre le modeste grondement qui confirmait qu'Ariane V avait bien été lancée, et probablement mise sur orbite comme prévu. Le spectacle aurait presque été décevant si les restes de la traînée n'avaient finalement offert une demi-heure plus tard, avec l'aide des alizés, une vaste fresque colorée dans le soleil déjà couché.
...et disparaît en un clin d'oeil, juil. 2021
...ne traînant qu'un panache bousculé par l'alizé, juil. 2021
...qui deviendra fresque intergalactique, juil. 2021
Cet intermède met heureusement un peu de zeste dans la déprimante attente de nouvelles de mon envoi de matériel. Avec les amis de ponton comme Agathe de Melimila, je passe mon temps sur les sentiers de découverte. Celui de Loyola rappelle que les pères jésuites voulaient sauver les âmes des Amérindiens en exploitant les ressources locales grâce aux services de centaines d'esclaves africains.
Vestiges du domaine Loyola, juil. 2021
Kapokier au domaine Loyola, juil. 2021
Ou bien est-ce un fromager ? juil. 2021
Attention, champignons ! juil. 2021
Primaire ou secondaire, cette forêt ? juil. 2021
Lianes jusqu'au ciel, juil. 2021
Il y a bien eu aussi un minuscule drame local, quand l'Opik de Valérie en excursion est tombé en panne de moteur. Nimic a participé au sauvetage grâce à sa vaillante annexe, armée de son infatigable moteur Malta et pilotée par l'intrépide Boris de Petit Grain. Tout ce beau monde s'est retrouvé poussant du nez au cul d'Opik pour le faire arriver au ponton.
Petit Grain et Nimic en équipe de sauvetage, juil. 2021
Sauvetage en cours, juil. 2021
Sauvetage bien conduit, juil. 2021
Quoi ? Orientés, mes commentaires ?
Spectacle à l'eau, juil. 2021
Spectacle couru, juil. 2021
C'est que, sauf quand il fait trop mauvais, il y a toujours un chaland pour se rincer l'oeil au spectacle permanent du port. Même les urubus, le soleil, la lune et les étoiles s'y mettent.
Urubu forçant l'entrée du spectacle, juil. 2021
Urubus au spectacle, juil. 2021
Lune au spectacle, juil. 2021
Soleil au spectacle, juil. 2021
Etoiles au spectacle, juil. 2021
Alors, le triolisme, c'est presque une anecdote ;)
Prendre part au spectacle, juil. 2021

vendredi 9 juillet 2021

Artisanat guyanais

Une grue de port cul par-dessus tête amoureusement adossée à la hanche de son souteneur, ça pourrait être du Jeff Koons, ou de l'Abdellatif Kechiche, c'est une co-production sino-guyanaise. Il a fallu quinze ans à l'esprit d'initiative chinois pour insuffler dans la spontanéité locale une créativité inédite. Le résultat est là : une oeuvre à 20 millions d'euros plantée dans le quai du port de Degrad-des-Cannes, juste en front de fleuve. Les esprits chagrins crieront à la démesure, ou même à la forfaiture. J'affirme qu'il s'agit d'une oeuvre unique, parfaitement symbolique de notre époque, qui propulse le petit monde de la Guyane à l'épitomé de la beauté, et moi du même coup dans le cercle très fermé des critiques internationaux de l'art contemporain. Et qu'on ne vienne pas me dire que les dockers du navire chinois maintenant retenu au large du port y sont plus - ou moins - que le directeur du Grand Port Maritime de Guyane. C'est du collectif, du sublime, de l'humain dans sa grandiose bêtise...
Jeff Koons à Degrad-des-Cannes ? juil. 2021
Ou alors Abdelatif Kechiche ? juil. 2021
Et c'est peut-être depuis Nimic II qu'on en apprécie au mieux le spectacle.
Oeuvre d'art en plan large, juil. 2021
Du coup, j'ose à peine revenir à notre niveau de simples mortels. Vous parler de la moisissure qui envahit les coques à la saison équatoriale des pluies : les quelques mois que j'ai passés en métropole ont laissé leur trace.
Les moisissures aussi font de l'art, juil. 2021
Moisissures contre amarres, juil. 2021
Ou encore vous apitoyer des difficultés logistiques (rien à voir avec l'exhubérance artistique locale, m'a-t-on assuré...) rencontrées chez Burgaud pour faire parvenir à Nimic II le matériel utile au programme de l'hiver prochain. Indice : ce sera l'été austral, mais quelque part en Patagonie, il fera tout de même plutôt froid ;)
Contre-jour artistique, juil. 2021

vendredi 25 juin 2021

Sac à terre

Basse mer à Carantec, mai 2021
Crue du Lot à Castel, février 2021
Des nouvelles ? Depuis février dernier, Nimic II est resté bien sage sur son ponton à Degrad des Cannes, en attente de la Capitaine. J'étais rentrée en métropole pour rebooster sa marraine risquant d'être submergée par l'inondation centennale du printemps. Eh oui, si vous ne le saviez pas encore, le mot 'nimic' - qui pourrait être allitération d'une plage de l'enfance de mon père à Saint-Malo - est surtout concaténation des petits noms de deux femmes qui l'ont inspiré. L'une d'entre elles, Mite, est ma mère. Elle va mieux maintenant, merci.
Boutons du Cluzel, avril 2021
Moutons aux Guérinières, juin 2021
Pendant ces quelques mois auprès d'elle, je me suis nourrie des splendeurs des paysages gascons, bretons ou vendéens : crues et jusants, saules et noyers, moulin à marée ou moulin au drap, moutons et boutons. Moulin à marée de Pen Castel, mai 2021
Moulin aux draps de Chantonnay, juin 2021
Saule gascon et noyer vendéen
Saule des rives du Lot, mars 2021
Noyer aux éoliennes de Fontenay-le-Comte, juin 2021
J'ai aussi profité des ressources du port d'attache pour rassembler les équipements nécessaires à la suite de l'aventure. Rendez-vous donc bientôt à bord !

dimanche 24 janvier 2021

Kourou

Maquette d'Ariane 5, échelle 1, janv. 2021
Le 20 janvier, pendant que vous étiez agglutinés devant vos télés pour surveiller le bon aboutissement de la procédure de changement de POTUS, je devais répondre à une angoissante question : lequel des trois programmes de l'Agence spatiale européenne aurait ma préférence ?

Le lanceur russe Soyouz pour les moyens cargos ?
Soyouz ou la coopération Est-Ouest, janv. 2021
Fosse de lancement de Soyouz, janv. 2021
Le programme Vega pour les petites charges ?
Rampe de tir Véga, coopération Nord-Sud, janv. 2021
Ariane 5 et ses batiment d'intégration lanceur ou bâtiment d'assemblage final ?
BIL et BAF d'Ariane 5, janv. 2021
Pas de tir d'Ariane 5 et son château d'eau, janv. 2021
Gicleurs pour tamponnage du lancement à l'eau, janv. 2021
A l'issue de la visite guidée du centre spatial guyanais, une seule réponse s'impose à moi : ils se complètent les uns les autres, dans une splendide métaphore du développement humain... BIL, BAM, ergol et autre tamponnage hydraulique sont autant d'éléments poétiques qui relient l'ingéniosité créatrice au sentiment diffus de son inutilité face à la puissance cosmique, de sa futilité dans la diversité naturelle.
Le guide nous l'a assuré, il y a un aï visible quelque part dans ce manteau de verdure, l'avez-vous trouvé ? Moi, non !
Biotope du mouton paresseux, l'aï pour les scientifiques, janv. 2021
Par contre, c'est sur l'estran du fleuve que le biotope exprime sa vitalité, par exemple quand l'ibis l'arpente en quête de son bol alimentaire.
Le long chemin de l'ibis bleu en pêche, janv. 2021

dimanche 3 janvier 2021

Bye bye 2020, le futur est à nous !

Vestiges de soudure, janv. 2021
Ça, c'est un des derniers couchers de soleil de l'année 2020, quand on profite des éclaircies entre les grains pour faire avancer les travaux en cours. Les voisins de mouillage sont toujours prêts à proposer leurs compétences variées, par exemple pour changer la partie rouillée du bordé (merci Benoît d'Adventure et Jules de Vénus II), et permettre ainsi au pont de Nimic de retrouver sa fraîcheur. Merci à eux tous !

Vestiges de papillons, janv. 2021
Pour encourager la sortie de l'année 2020, j'ai pu visiter le village forestier de Cacao, à une cinquantaine de kilomètres au Sud de Cayenne. C'est toute une colonie d'immigrants indochinois des années 1970 qui s'est vu attribuer par la France l'usufruit d'une ancienne exploitation de cacaotiers, où ils ont acclimaté des espèces apportées avec eux. Les Hmongs fournissent maintenant l'essentiel de la production maraîchères en Guyane, à base d'essences exotiques toutes plus délicieuses les unes que les autres. Sur les vestiges de la colonisation, c'est donc une expérience de mixité réussie. Du coup, Cacao est une des destinations préférées des touristes, et on y trouve même un musée de la Guyane, qu'un animateur passionné enrichit de trouvailles exceptionnelles, dépouilles de vie animale, vestiges de vies de bagnards ou des peuples autochtones.
Vestiges d'amérindiens, janv. 2021
Vestiges de bagnards, janv. 2021

Au fil des heures, mon safari photo perso rapporte des trouvailles que je vous livre en vrac :
...guêpe maçonne en charroi des matériaux de son prochain nid
Guêpe maçonne, janv. 2021
...aigrette à la poursuite de son prochain repas
Aigrette en chasse, janv. 2021
...ou poisson échappé à son prédateur naturel ;)
Poisson chassé, janv. 2021

Tout ça nous a fait entrer en douceur dans l'année 2021, en compagnies des équipages de Métisse et d'Opik, et, outre ceux déjà cités, avec l'amitié d'Obéron, Kerjadenn, Jocéba, Le Syrah, Océanite, Calysé, Nomade, Ti-Flod, Calogne et Marie-José, sans oublier Maurin, arbitre local ;) et toute la petite famille d'Anahita.
Que les projets aboutissent donc en 2021, en Guyane ou ailleurs dans le monde !
Front de mer à Cayenne, janv. 2021
Vestige de 2020, janv. 2021